
Le procès de Mohamed Lamine Bangoura, ancien président de la Cour constitutionnelle, et de ses coaccusés a été examiné une nouvelle fois ce lundi 9 mars devant la chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Les prévenus sont poursuivis par l’Agent judiciaire de l’État et Lancinet Kanko Kourouma.
À l’ouverture de l’audience, il a été constaté que certaines mesures ordonnées par la cour n’avaient pas été exécutées. La Banque centrale devait notamment fournir les relevés bancaires de la Cour constitutionnelle et du prévenu Sidiki Sylla, mais aucune réponse n’a été obtenue.
L’avocat de la défense a estimé que ce retard ne devait pas interrompre les débats : « il fallait passer outre ces mesures en attendant la réponse ».
Lancinet Kanko Kourouma : « Nous avons été victimes d’injustice »
L’une des parties civiles, Lancinet Kanko Kourouma, a été entendu par la cour. Interrogé sur ce qu’il reproche aux prévenus, il a déclaré : « je reproche à Monsieur Mohamed Lamine Bangoura et ses coaccusés, le refus de me payer mon salaire qui était pourtant prévu par un décret de la Présidence de la République. »
Selon lui, à son arrivée, sa rémunération initiale était de « 3 millions de francs guinéens au même titre que les secrétaires de greffe de la même institution ». Il précise qu’un décret signé par l’ancien président stipulait qu’il devait percevoir « 16 millions 500 ».
Il ajoute avec surprise : « j’ai été surpris que je n’étais pas concerné par ce décret et que le décret était fabriqué. J’ai quel pouvoir pour fabriquer un décret ? Nous avons été victimes d’injustice dans cette institution. »
Conflits internes à la Cour constitutionnelle
Selon Lancinet Kanko Kourouma, il aurait souffert de représailles liées à un tirage au sort destiné à renouveler la Cour : « ces anciens responsables de la Cour suprême nous en veulent. Il y avait une écrasante majorité de la cour qui ne voulait pas de la tenue de ce tirage au sort, qui devait permettre le renouvellement de la cour et pérenniser l’expérience. Les amis de Monsieur Mohamed Lamine ont empêché le greffier en chef d’être là, en disant que c’était le ministre qui l’appelait (…) J’étais greffier suppléant du greffier en chef. Ce dernier m’a appelé pour que je puisse venir faire mon travail. Je suis allé faire mon travail, c’est-à-dire assister le Président Kelefa Sall à tenir le tirage au sort. Après, on a remonté mon nom au ministère, parce que selon eux, je devais être sanctionné… »
Il affirme ainsi : « j’ai compris que j’étais sous sanction sous l’administration de Monsieur Mohamed Lamine Bangoura. Ils ont instauré une justice des vainqueurs quand cette équipe est arrivée à la tête de la Cour constitutionnelle. »
Des salaires non versés et des préjudices subis
Lancinet Kanko Kourouma revient sur la question de son salaire : « en 2016, on m’avait mis en détachement. L’augmentation date de 2020. Même avec l’augmentation, nous sommes restés cantonnés avec notre salaire de 3 millions. Ils ne nous accordaient que des miettes. Les 3 millions ont continué jusqu’en 2021. Même en étant greffier en chef par intérim, je n’ai jamais été payé conformément au décret. Cela de 2015 à la dissolution de la Cour. »
Il précise toutefois : « la seule augmentation que j’ai connue, c’était quand je suis devenu greffier en chef par intérim en 2021. Quand ma maman est tombée malade, je suis allé les voir un à un. J’ai rencontré Monsieur Mohamed Lamine Bangoura. Je lui ai expliqué la situation. La seule chose qu’il a eu à faire, c’était de donner l’instruction de diviser en deux le salaire de la greffière en chef décédée et d’ajouter sur mon salaire, c’est-à-dire 8 millions. »
Contredisant le prévenu sur sa désignation, il a affirmé : « on a voulu vous faire comprendre ici que j’ai été désigné verbalement comme intérim, alors que c’est Monsieur Mohamed Lamine Bangoura qui a lui-même signé l’arrêté. »
Une injustice aux conséquences dramatiques
Il a dénoncé l’impact personnel de ces injustices : « les gens là ont voulu me tuer. Il faut que je parle. L’injustice dont j’ai été l’objet à la Cour constitutionnelle, c’était inhumain (…) j’ai fait une dépression, j’ai séjourné à l’hôpital psychiatrique de Donka. J’ai failli en mourir. Tout simplement, il en voulait à un homme, Monsieur Kelefa Sall. »
Il conclut sur la nature de sa plainte : « ce que je leur reproche, c’est le détournement de mon salaire. C’est un salaire qui a été consigné dans un décret. »
Lancinet Kanko Kourouma a indiqué que le préjudice financier pourrait dépasser 2 milliards de francs guinéens, et demandé à la cour de prendre en compte d’autres éléments tels que les voitures de commandement, le logement et les préjudices moraux subis : « ce combat, je ne le mène pas pour l’argent, mais pour mon honneur. Parce que tout le monde pensait que je percevais la somme qui était dans le décret. Ça m’a vraiment porté préjudice. »
Le juge a renvoyé l’affaire au mercredi 1er avril pour la suite des débats, la comparution de tous les prévenus et l’exécution des mesures.
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
L’article CRIEF : « nous avons été victimes d’injustice » Lancinet Kanko Kourouma face à Mohamed Lamine Bangoura est apparu en premier sur Guinee7.com.
Last modified: 30 mars 2026