
Au lendemain de la suspension d’une quarantaine de partis politiques par le ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, les réactions continuent de se multiplier sur la scène politique guinéenne.
Parmi elles, celle de Fodé Kaba Tounkara, président du mouvement « Les Peuplecrates », qui appelle à une réorganisation du paysage politique plutôt qu’à la dissolution des formations concernées.
Selon lui, la question de la restructuration de l’espace politique guinéen a toujours été au cœur des propositions de son mouvement.
« Pour ceux qui me suivent, en tout cas qui suivent les différentes sorties des Peuplecrates, nous avons toujours demandé une réorganisation sur l’échiquier politique. Nous avons demandé chaque fois de sortir du multipartisme sauvage afin de s’organiser en deux grands blocs », a-t-il déclaré.
Toutefois, l’acteur politique affirme ne pas comprendre la décision récente visant à dissoudre plusieurs formations politiques : « Nous n’avons pas compris la dissolution brutale qui s’est passée récemment. Je pense qu’on pouvait faire ça autrement, sans pour autant dissoudre les partis politiques », a-t-il estimé, plaidant pour une approche plus réfléchie.
« On pouvait mettre de l’intelligence dedans au lieu de faire guider le courage par la force », a-t-il ajouté.
Fodé Kaba Tounkara estime que le pays aurait pu conserver le pluralisme politique tout en l’encadrant davantage.
« Nous proposons de maintenir les partis politiques et de rester dans le multipartisme, mais un multipartisme organisé en deux grands blocs », explique-t-il.
Il indique que son mouvement défend un concept qu’il appelle la « peuplocratie », qu’il considère comme une alternative aux modèles politiques actuels.
Dans son analyse, certaines formations dissoutes représentent également une part importante de l’histoire politique nationale.
« Les partis qui ont été dissous sont quand même très importants. La dissolution n’est pas la solution, mais la réorganisation, oui », insiste-t-il.
Le président du mouvement Les Peuplecrates met également en garde contre les conséquences que pourrait entraîner une telle décision.
« Si on se maintient dans cette position, je crains que cela ne provoque un sentiment d’injustice extrême chez les victimes de cette dissolution et qu’elles se réorganisent autrement dans un cadre de force pour s’attaquer au régime », prévient-il.
Selon lui, l’histoire politique montre que ce type de situation peut alimenter des tensions plus profondes.
« Très souvent, c’est comme ça que les rébellions et les guerres civiles se provoquent petit à petit. Les groupes politiques n’ont plus d’autre recours que la force », souligne-t-il, appelant les autorités à davantage de modération.
« Il faut dire au président de la République de penser à cela : ne pas uniquement se montrer courageux, mais aussi modéré », a-t-il lancé.
Enfin, Fodé Kaba Tounkara réaffirme la position doctrinale de son mouvement, qu’il distingue de la démocratie classique.
« Nous sommes pour la peuplocratie. Nous ne sommes pas pour la démocratie parce que nous pensons que la démocratie, en tant que telle, ce sont des valeurs et des principes venus d’ailleurs », explique-t-il.
Pour lui, la priorité doit rester la diversité des expressions politiques.
« La dissolution n’est pas conforme à nos valeurs et à nos principes en tant que peuplocrates. Nous sommes pour la diversité et permettre à chacun de s’exprimer et de se montrer utile à notre pays », conclut-il.
Mayi Cissé
L’article Dissolution des partis politiques en Guinée : « il faut soutenir le courage par l’intelligence, et non par la force » (Fodé Kaba Tounkara) est apparu en premier sur Mediaguinee.com.
Last modified: 7 mars 2026